Le poids des stocks en France

Par Adrien COATIVY

Président, Co-fondateur DataPowa

 

Les stocks et en-cours sont incontournables dans tous les secteurs d’activité ayant recours à des flux physiques. En effet, ils incarnent les temps nécessaires à la fabrication, le contrôle, le transport et la vente de biens matériels. Bien qu’il soit utopique de s’en passer totalement, il est essentiel de les optimiser pour limiter leur poids financier, les coûts induits et l’impact environnemental.

Pour cause, ils représentaient en France 423 milliards d’euros dans les bilans financiers recensés par l’INSEE fin 2016, dont 230 milliards d’euros sur les secteurs industriels et 145 milliards d’euros sur le secteur du commerce1.

Si l’optimisation de ces stocks passe avant tout par de bonnes pratiques appliquées au quotidien localement par les gestionnaires de stock à l’aide d’outils adéquats, il est intéressant de prendre du recul pour observer l’ampleur du sujet à grande échelle.

Dans cette étude, nous présentons des chiffres macro-économiques, appuyés sur des données publiées par l’INSEE2 pour l’année 2016, qui permettent de quantifier le poids des stocks dans l’activité française. Notre objectif est de permettre à chaque lecteur de prendre conscience de l’enjeu des stocks, et de se benchmarker au sein de son secteur (en particulier dans les secteurs de l’industrie et du commerce). Pour cela, nous mettrons à disposition toutes les données détaillées à la demande.

NB : le dernier chapitre de cet article décrit notre méthode et le contenu des données étudiées.

 

Les stocks bruts dans l’actif des entreprises françaises

Sur le périmètre couvert par l’INSEE3, les stocks bruts étaient valorisés à hauteur de 423 milliards d’euros fin 2016, pour un chiffre d’affaires HT de 3 750 milliards d’euros, soit une couverture stocks/CA moyenne de 41 jours (voir ci-après le chapitre consacré à la couverture).

On constate que les secteurs industriels (B, C, D, E et F) et du commerce (G) représentent 89% des stocks et 74% du chiffre d’affaires HT. Dans la suite de cet article, nous nous focaliserons uniquement sur ces secteurs.

 

Typologie des stocks

L’INSEE recense les stocks et en-cours en 5 catégories (dans le respect des normes comptables) :

  • « Matières premières, approvisionnements » : produits achetés par l’entreprise, ayant vocation à être consommés ou transformés dans les différents processus de l’activité ;
  • « Produits intermédiaires et finis » : produits transformés par l’entreprise, ayant vocation à être transformés à nouveau ou vendus ;
  • « Marchandises » : produits achetés, ayant vocation à être revendus sans transformation ;
  • « En-cours de production de biens » : produits en cours de transformation physique ;
  • « En-cours de production de services » : services en cours de réalisation.

Sur le périmètre de l’industrie et du commerce, on observe la répartition suivante :

On observe que cette répartition varie significativement selon les secteurs, ce qui est représentatif de la variété des activités et des métiers Supply Chain associés.

Exemples sur les 3 secteurs les plus importants en valeur de stock brut :

  • Industrie manufacturière : les stocks sont équilibrés entre les matières premières & approvisionnements, les en-cours de production de biens et les produits intermédiaires & finis. Cette répartition de bout en bout fait appel à des processus de planification étendue (type PIC/PDP/CBN).
  • Commerce : n’ayant presque pas recours à de la transformation, l’activité s’appuie quasi exclusivement sur des stocks de type Marchandises, avec des processus centrés sur la prévision et la logistique aval.
  • Construction : ce secteur dispose en majorité d’en-cours de biens, ce qui est caractéristique d’activités orientées projet.

Cette classification comptable revêt donc également un caractère métier intéressant pour les équipes Supply Chain, qui pourront différencier leurs processus, leurs outils et leurs démarches d’optimisation en fonction de la typologie des stocks.

 

Les stocks comparés au chiffre d’affaires : la couverture

Cet article ayant pour objectif d’aider le lecteur à se benchmarker au sein de son secteur d’activité, il est important de définir un indicateur suffisamment simple pour être mesuré avec des données communes à tous, et suffisamment révélateur pour rendre la comparaison pertinente au sein d’un secteur.

La littérature opte souvent pour le ratio de la couverture du stock par rapport au chiffre d’affaires. On définit la couverture ainsi :

Il s’agit d’une durée en années, que l’on convertit souvent en mois ou en jours.

NB : le termes de couverture peut être utilisé pour d’autres ratios plus fins (comme le stock moyen divisé par la consommation moyenne), attention donc à bien vérifier la définition et l’unité de votre couverture avant de la comparer à nos données.

On peut utiliser ce macro-indicateur et son évolution dans le temps pour évaluer le fruit des actions d’optimisation en interne, et se comparer à d’autres acteurs du secteur. De manière générale, plus la couverture baisse, meilleure est la performance économique des stocks. Toutefois, baisser aveuglément la couverture peut faire baisser le niveau de service des stocks, et donc faire surgir des coûts indirects liés aux ruptures. Comme tout indicateur, il ne faut donc pas à tout prix le contracter mais plutôt le maîtriser à un niveau équilibré entre coûts des stocks et niveau de service.

La couverture moyenne des secteurs de l’industrie et de commerce est de 50 jours (Stocks/CA = 14%).

En descendant au niveau inférieur dans la classification INSEE, on observe des disparités : la couverture s’étale de quelques jours pour certains secteurs à 200 jours pour le secteur F – 41 construction de bâtiments.

 

Le coût des stocks

Les stocks que nous étudions ici génèrent des coûts, de par le fait de les posséder et de les gérer.

On chiffre ces coûts par un ratio communément appelé le taux annuel de possession des stocks. Ce taux traduit les coûts directs générés annuellement par les stocks. Il couvre les coûts d’exploitation (masse salariale, ressources matérielles, surfaces de stockage, etc.), les coûts financiers (coût du capital investi dans les stocks) et les coûts d’obsolescence des stocks (péremption, détérioration, dépréciation, etc.).

Selon les secteurs, sa valeur varie de 15% (exemple : industrie lourde avec de grandes couvertures de stock) à près de 30% (exemple : industrie alimentaire ayant des contrainte de stockage frigorifique). En prenant l’hypothèse basse de 15%, ce taux signifie qu’une entreprise possédant 10M€ de stocks bruts subit en moyenne des coûts directement liés aux stocks de 1,5M€ chaque année.

Si on extrapole cette hypothèse basse sur l’ensemble des secteurs de l’industrie et du commerce, on peut estimer que les coûts annuels liés aux stocks sont supérieurs à 15% * 376Md€ = 56Md€, qui pourraient être réduits par de meilleures pratiques de gestion de stock.

Pour plus d’informations sur la décomposition et la valeur de ces taux, voir l’article DataPowa dédié.

 

Conclusion

Dans cet article nous avons démontré que les stocks et en-cours constituent une composante significative de l’actif du bilan, représentant plusieurs centaines de milliards d’euros en France. Nous avons également décomposé ces chiffres sur différents prismes qui montrent leur diversité selon les secteurs et les typologies de stock. Enfin, nous avons estimé les coûts générés chaque année par les stocks à plusieurs dizaines de milliards d’euros.

De par cette diversité, « traiter » la problématique des stocks fait appel à une multitude de compétences et de leviers de performance. Aussi, au sein d’une même entreprise, il est recommandé d’adopter une approche différenciée pour optimiser la totalité des stocks. Par exemple :

ous ces chantiers ont des facteurs clés de succès en commun :

  • Des données maîtrisées ;
  • Des femmes et des hommes formés ;
  • Des plans d’actions structurés ;
  • Des outils et des algorithmes adaptés.

Qu’en est-il dans votre entreprise ?

 

Méthode

Notre étude s’appuie sur des données extraites de la base1 du dispositif ÉSANE4 consolidée par l’INSEE. Les données sont agrégées par Sections, Divisions, Groupes, Classes et Sous-classes3, qui représentent la quasi-totalité de l’activité privée française.

Les données ont été extraites puis formatées par DataPowa. Elles contiennent les valeurs des indicateurs suivants, de 2013 à 2016, sur 4 tranches d’effectifs (0 à 9 salariés, 10 à 249 salariés, 250 salariés et plus, Total) pour 930 Sections/Divisions/Groupes/Classes :

  • Chiffre d’affaires HT
  • Effectif salarié au 31/12
  • Excédent brut d’ exploitation
  • Nombre d’entreprises
  •  Provisions pour dépréciation des stocks de produits intermédiaires et finis
  • Provisions pour dépréciations de stocks de matières premières et approvisionnements
  • Stocks (matières premières, en-cours de production, approvisionnements, produits intermédiaires, finis)
  • Stocks : en-cours de production de biens
  • Stocks : en-cours de production de services
  • Stocks : marchandises
  • Stocks : matières premières, approvisionnements
  • Stocks : produits intermédiaires et finis

Remarque : l’INSEE mentionne que certaines données fines (à partir du niveau Division) sont couvertes par le secret statistique5 ou simplement manquantes. C’est pourquoi nous avons complété les données avec des Divisions/Groupes/Classes « DONNEES MANQUANTES » afin que les sommes de valeur soient cohérentes entre les différents niveaux d’agrégat.

Nous mettons à disposition ces données formatées à la demande : contact@datapowa.fr.

 

Notes

1 On entend par « secteurs industriels » les sections suivantes :

  • B Industries extractives ;
  • C Industrie manufacturière ;
  • D Production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’air conditionné ;
  • E Production et distribution d’eau ; assainissement, gestion des déchets et dépollution ;
  • F Construction.

On entend par « secteurs du commerce » la section suivante :

  • G Commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles.

(https://www.insee.fr/fr/metadonnees/nafr2/section/A)

2 Base de données accessible via https://www.insee.fr/fr/information/3291202. Ces données sont libres de droits (https://www.insee.fr/fr/information/2381863).

3 Les sections sont décrites au chapitre 4.4.1 de la note méthodologique de l’ESANE, qui mentionne également les sections volontairement exclues (https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/fichier/imet130.pdf).
Les 666 sous-classes sont disponibles au format tableur (https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/3056089/imet130-sous-classes-naf-esane.xls).

4 « Le dispositif ÉSANE (Élaboration des Statistiques Annuelles d’Entreprises) propose chaque année une photographie de la population des unités légales (sociétés, entreprises individuelles, parties d’administrations publiques et certaines associations) ou des nouvelles entreprises (définies par le décret 2008-1354 et reposant sur la notion de groupe) composant le système productif. » (https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/statistiques-annuelles-d-entreprises-esane/)

5 Voir chapitre 9.5 de la note méthodologique de l’ESANE (https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/fichier/imet130.pdf).

 

Laisser un commentaire