Agrivoltaïsme : un référentiel pour concilier souveraineté alimentaire et transition énergétique

Directeur Général chez AFNOR Certification

 

La conciliation des usages ne doit pas se faire aux dépens d’une production agricole déjà fragilisée. Le Label “PROJET AGRIVOLTAÏQUE” distingue les projets respectueux d’un cadre vertueux élaboré par la filière.

Nous l’avons vu en Europe depuis plusieurs mois avec la hausse continue du prix de l’électricité et depuis peu avec l’impact de la guerre en Ukraine sur la sécurité et les coûts d’approvisionnement, la transition écologique est en particulier une transition énergétique.

 

Mais la crise sanitaire avait aussi mis en exergue, face au manque de masques et de respirateurs, l’importance de la souveraineté nationale pour la production industrielle et l’importance de la souveraineté alimentaire face aux bouleversements des échanges mondiaux. Prévue par la loi de 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience, “la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat détermine désormais les orientations de la politique de l’alimentation durable, moins émettrice de gaz à effet de serre, respectueuse de la santé humaine, davantage protectrice de la biodiversité, favorisant la résilience des systèmes agricoles et des systèmes alimentaires territoriaux et garante de la souveraineté alimentaire (…)”.

 

Or, l’agrivoltaïsme se situe précisément au cœur de ces grands enjeux de transition énergétique et de souveraineté alimentaire.

 

L’agrivoltaïsme désigne la production combinée, sur un même terrain, de cultures agricoles et d’énergie, en l’occurrence d’électricité solaire. Il s’adresse donc aux agriculteurs, comme expliqué dans cet article complet. Arrivé récemment dans le panorama des énergies renouvelables, l’agrivoltaïsme permet sur une même surface d’apporter une réponse aux défis énergétiques et agricoles. Le besoin est avéré. Avec un parc photovoltaïque installé de seulement 12,3 GWc, nous sommes encore très loin de la cible ambitieuse de 35 à 44 GWc d’ici à 2028 dans le cadre de la programmation pluriannuelle des investissements.

 

Sur le plan de la souveraineté alimentaire, l’agrivoltaïsme offre la possibilité de préserver une production agricole et même de l’accroître malgré des conditions climatiques défavorables en créant des conditions de protection contre les intempéries favorables au développement des cultures.

 

Côté pouvoirs publics, le sujet est au cœur d’une actualité politique forte avec l’adoption début janvier 2022 d’une résolution au sénat et la réalisation d’une mission d’information flash au sein de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire de l’assemblée nationale.

 

Le secteur a aujourd’hui besoin d’un cadre pour se déployer en toute confiance en évitant les dérives qui ont pu en leur temps toucher les programmes éoliens (mitage du territoire, interrogations sur les conditions d’accès aux sites d’implantation et leur impact sur les riverains). La conciliation des usages ne doit pas se faire aux dépens d’une production agricole déjà fragilisée. C’était tout le sens d’une tribune publiée en octobre 2021 par un collectif d’élus qui expliquait que le développement du solaire doit être mis au services de notre agriculture et non l’inverse.

 

Il convient ici en particulier de prévenir l’artificialisation des sols, la hausse des loyers des terres agricoles ou encore la baisse des surfaces de production agricoles. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) inclut désormais dans ses appels d’offres, les innovations de projets agrivoltaïques en validant la vocation et la priorité agricole par rapport à la production d’énergie.

 

L’agrivoltaïsme ne faisant à date l’objet d’aucune définition légale ou réglementaire, la filière a souhaité se structurer en s’appuyant sur un dispositif de reconnaissance. AFNOR Certification, en tant qu’organisme de certification, est régulièrement sollicité pour accompagner le besoin croissant de nos concitoyens d’avoir des gages de confiance et de sécurité sur la qualité des produits et service et aussi de disposer d’un cadre de référence afin d’encourager le développement et la structuration des nouvelles filières de production.

 

Dans cette logique, AFNOR Certification a mis au point le label « Projet Agrivoltaïque » , un cadre qualitatif et transparent permettant de valoriser les projets agrivoltaïques vertueux sur le plan agricole, de soutenir leur développement et favoriser la structuration d’une filière émergente.

 

Ce label s’inscrit dans une démarche volontaire et vise notamment à prévenir les conflits d’usages entre enjeux agricoles et production énergétique. Comme l’a précisé la Député Sandrine Le Feur lors de la restitution de la mission flash : « le label donne un cap », il s’inscrit donc comme évoqué précédemment dans une démarche de cadrage pour la filière. Tout comme les travaux de recherche et d’expérimentation de l’INRAE ainsi que les travaux réalisés par l’ADEME notamment notamment son étude sur l’agrivoltaïsme.

 

Si vous souhaitez plus de précisions, retours d’expériences et  témoignages d’acteurs publics et privés engagés sur cette thématique (ADEME, INRAE, France Agrivoltaïsme, exploitants agricoles, Direction Départementales des Territoires de la Drôme mais également le Sénateur Jean-Pierre MOGA), je vous invite à visionner le replay de notre webinaire dédié à l’agrivoltaisme.

 

En mettant l’ensemble des parties prenantes autour d’une même table pour élaborer les référentiels de certification, nous contribuons aussi à l’élaboration de consensus, impliquant notamment les représentants des consommateurs et usagers. Nous aidons ainsi les entreprises mais aussi les pouvoirs publics et les citoyens à contribuer à la transition écologique et à faire évoluer les pratiques individuelles et collectives.

 

Il s’agit d’un débat essentiel précisément à l’heure où les différents candidats se positionnent sur les grands enjeux stratégiques du prochain quinquennat.

 

 

Laisser un commentaire