Accompagnement de 10 000 PME : le temps est venu du dernier kilomètre

Par Daniel Richet

Chief Executive Officer at Cetim – Centre technique des industries mécaniques

Nous en parlions il y a un an, en plein cœur de la crise sanitaire, en soulignant que les moyens de la relance allaient d’abord permettre de rattraper les retards d’investissements productifs des vingt dernières années (estimés à plus de 40 milliards d’euros par l’étude du cabinet Roland Berger sur la modernisation de l’appareil productif français –2014– pour la Direction générale des entreprises et les syndicats professionnels Symop et Gimelec).

Ces besoins de remise à niveau des moyens techniques et des fondamentaux de l’excellence opérationnelle étaient alors criants, et considérés comme prioritaires, avant le déploiement de briques technologiques 4.0. Ils le sont toujours, et plus que jamais !

 

Avant même le Contrat d’objectifs et de performance pour la période 2020-23 (COP), signé fin 2019 avec l’Etat et la Fédération des Industries Mécaniques (FIM), le Cetim avait répondu à l’appel du ministre des Finances de 2015, Emmanuel Macron, au lancement de son plan industrie du futur, qui fixait l’accompagnement à 2000 PME.

 

A la fin 2021, après le programme « 10 000 », associé notamment aux conventions État-régions, après le plan de relance, la somme des accompagnements réalisés est de près de 15 000 pme, sur une cible manufacturière composée de 30 000 entreprises.

 

Le contrat est rempli… Pourtant la tâche est loin d’être finie.

 

Sur cet effectif, seule une infime minorité d’entreprises est réellement engagée sur une voie de transformation 4.0. Le constat se vérifie notamment dans la filière aéronautique via le retour d’expérience du programme conduit pour le compte du GIFAS sur l’industrie du futur et pour lequel les projets de rupture 4.0 restent très minoritaires.

 

Pour la plupart de ces PME, le soutien a en effet d’abord été l’occasion d’un diagnostic approfondi. Ce n’est pas rien d’évaluer les besoins de transformation d’une entreprise pour voir de quel effort elle aura besoin, et dans quels domaines, afin que les choix soient les bons pour redresser l’entreprise et participer à sa véritable « transformation » ultérieure. Et c’est ce qu’a permis le plan de relance.

 

Ces entreprises ont donc maintenant la vision du chemin qui reste à parcourir.

 

Si on arrête là le soutien, on prend le risque que seule cette infime minorité parvienne seule au dernier kilomètre qui lui reste à parcourir, celui de la transformation effective, au-delà des diagnostics. Et que la grande majorité, prise par d’autres enjeux plus quotidiens, ne réussisse pas sa transformation pour préparer l’avenir au travers de la transition écologique, pour gagner en compétitivité par le développement d’une industrie du futur, et ne s’approprie pas les technologies 4.0 prioritaires pourtant indispensables.

 

Nous le disions, pour être utile, l’action engagée doit se révéler transformante. Et pour être transformante, elle ne peut pas s’arrêter en chemin.

 

Il s’agit maintenant de pousser au bout la démarche de transformation opérationnelle (investissement, industrialisation des solutions) telle qu’elle a été préconisée à chacune des entreprises accompagnées.

 

Pour cela, il nous faut consolider ce que nous avons fait et réussi. Et continuer donc à accompagner ces mêmes entreprises pour l’étape suivante. C’est seulement ainsi que nous nous assurerons que les aides auront bien porté l’action au but, et qu’un tiers des PME éligibles françaises sont transformées avec succès, c’est-à-dire avec un effet tangible.

 

Ce nouvel accompagnement sera d’autant plus efficace et profond que les entreprises sont maintenant préparées et demandeuses, actives et déjà sur le chemin. Et parce qu’en réussissant leur transformation, on fera d’elles des chefs de file qui pourront en entraîner d’autres dans leur sillage.

 

Ceci est d’autant plus important que la nouvelle phase de soutien va demander l’appui de prestataires plus rares et plus pointus (robotique, IIoT, IA, procédés avancés…). Et qu’on devra donc passer par une bonne articulation entre ceux-ci et les offreurs de solutions.

 

Nous n’avons pas le choix. Pour transformer notre appareil industriel, le rattrapage seul ne suffirait pas à conserver une industrie compétitive sur notre territoire. Nous devons sauter le palier de la simple remise à niveau, et oser se dire qu’on ne peut pas lâcher le chantier tant qu’il n’est pas abouti et sécurisé. Et c’est tout l’objet des plateformes d’accélération Quatrium : accompagner les projets des PMI jusqu’au dernier km.

 

En mettant en place, à l’échelle nationale, un dispositif industrie du futur centré sur la montée en gamme des produits, services et modèles économiques, afin de compléter le dispositif actuel fléché totalement vers la fabrication, choisissons de mener nos pionnières à bon port !

 

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